TOUT SUR SA MÈRE

Quiconque a lu Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill ne peut s’empêcher de refermer le livre de Jean Regnaud et Émile Bravo sans un sentiment de joie et de mélancolie. C’est une belle histoire. Et si elle touche le cœur des gens, c’est qu’elle est basée sur une expérience vécue : le quotidien de Jean, petit garçon de 6 ans, à l’imagination fertile, qui grandit et interprète le monde qui l’entoure. Mais la chronique ne s’arrête pas là. Jean doit élucider le mystère autour de l’absence de sa maman. Quelques photos trouvées dans une boîte de chocolat, et surtout ces étranges cartes postales que sa maman lui envoie par l’entremise de sa voisine Michèle et voilà l’imagination de Jean qui s’envole.

C’est au cours d’un quotidien presque banal d’un enfant des années 70, de ses journées d’école, de ses copains, de sa famille, de toutes les bêtises qu’il peut faire, de ses frayeurs et de ses rigolades, que progressivement, Jean sera amené à réaliser et à accepter une réalité qui le rattrape.

Le film a pour ambition d’explorer la personnalité et les réactions propres à l’enfance. La vision qu’un môme se fait du monde, à travers son propre langage et ses mots d’enfants. C’est en cela que les voix sont essentielles dans ce film. Afin de préserver le naturel et le charme inimitable des vraies voix des jeunes enfants, l’animation des personnages s’est construite sur les dialogues préalablement enregistrés.

Le narrateur, très présent dans le livre, n’est pas utilisé dans le long métrage pour garder une dynamique dans la narration et entraîner le spectateur au plus profond de l’aventure. Le public peut ainsi s’identifier pleinement au héros, car les situations représentées sont toutes plausibles, ce qui peut faire penser que cette histoire aurait très bien pu être réalisée en vue réelle. Mais nous n’aurions pas pu nous appuyer pour raconter cette histoire sur l’extraordinaire pouvoir d’imagination et la distanciation nécessaire qu’offre l’animation. La beauté des images, les ambiances, la couleur, la fantaisie dans les mouvements, les expressions, sont là pour nous faire rêver.

Nous avons opté pour une esthétique traditionnelle 2D, un découpage simple et efficace, sans effets outranciers ou trucages sophistiqués qui s’accorderaient mal avec l’authenticité du récit. Ceci n’empêche évidemment pas l’utilisation de logiciels de compositing et de 3D comme outils d’assistance.

Quant au style graphique, c’est "la ligne claire" , un dessin sobre, des couleurs douces, pas d’effets spéciaux ni d’esbroufe.

Le dessin d’Émile Bravo est respecté sans chercher la prouesse technique.

Nous souhaitions toucher le public et faire rire à partir d’un sujet tendre et universel qui doit réunir ensemble, mais parfois sur des niveaux de lecture différents, parents et enfants. C’est bien évidemment LE parti pris de ce film. L’émotion. S’approprier un univers pour le mettre en images. Garder l’esprit d’un livre pour en faire un film. S’imprégner de l’œuvre originelle, puis l’oublier pour en créer une autre.

L’histoire de Jean, garçon de 6 ans, qui cherche la vérité sur sa maman. Cette vérité, il va la trouver, même si inconsciemment il la connaît probablement. Cette recherche va l’aider à grandir et à retrouver, ou plus exactement, à "trouver" son père et va permettre à ce dernier de trouver son fils.

 

Marc Boréal & Thibaut Chatel