QUELLE VÉRITÉ ?

Quelle vérité ?

La naissance du film

Edgar Morin : "Nous étions, avec Jean Rouch, au festival de film ethnographique de Florence en décembre 1959. Je lui dis qu'il serait temps qu'il fasse un film sur les Blancs. Je lui suggérai un film sur l'amour. A l'époque se préparait ce film pseudo-sociologique sur La Française et l'amour et je rêvais d'un film qui soit, par lui-même, une vraie enquête sur l'amour.

Deux mois plus tard, nous nous rencontrions avec Rouch et ses amis pour examiner ce projet. Entre-temps, j'avais pensé qu'il était trop difficile de faire un film vrai, c'est-à-dire sans fiction, sur un sujet aussi intime. Et je lui ai proposé ce simple thème : Comment vis-tu ?

Cette question que nous poserions à des personnages de différents milieux sociaux serait enfin de compte une question posée au spectateur: Comment te débrouilles-tu avec la vie ? Que fais-tu de la vie ?"

Les méthodes de prise de vues

Jean Rouch : Il y avait deux méthodes : la caméra cachée et la caméra en évidence. Nous avons utilisé les deux systèmes : le système de la caméra que nous pouvons appeler la « Coutard» (Raoul Coutard a filmé A bout de souffle), qui consiste à utiliser un objectif à long foyer. Grâce à la musculature de Coutard, nous avons pu prendre des images ayant une bonne qualité technique, sans pied, à grande distance, alors que les gens ne savent pas qu'on les filme.

C'est une espèce de chasse à l'image. Coutard a donc fait pour nous les séquences «Renault». Au contraire, l'autre système consiste à utiliser des objectifs de très court foyer, à être avec les gens que l'on filme et qui considèrent très vite que la caméra n'a plus grande importance. Nous avons joué le jeu avec des gens complai­sants, en leur disant : Nous filmons. Si vous voulez censurer, dites-le. Il faut être honnête !

Acteurs et personnages

Edgar Morin : Chacun s'exprime tout en prenant un masque qui ressemble beaucoup à son propre personnage. C'est un peu comme si on demandait à un acteur de se mettre dans sa propre peau, et de réagir, c'est un psychodrame. Il n'y a pas de scénario prévu ; on laisse les gens en face les uns des autres, ce qui va se passer se dessine au fur et à mesure.

Les influences

Edgar Morin : Notre effort est parent de tous les courants néoréalistes et néodocumentaristes (comme le Free Cinéma anglais, les films de Rogosin) et il s'inscrit dans la ligne des précédentes tentatives de Rouch.

Mais, proche du documentaire en ce qu'il ne contient aucun élément de fiction, il s'en distingue pour tenter d'aller au cœur des problèmes personnels des gens. Disons : c'est du « cinéma-vérité », qui cherche la vérité objective et subjective.

Textes extraits de France-Observateur, 22 décembre 1960 et France Forum, mars 1961

FILM

Chronique d'un été
France - 1960 - 1h30min - Documentaire
avec Jean Rouch, Edgar Morin, Marceline Loridan, Régis Debray, Marie-Lou Parolini, Angélo, Céline, Jean, Jean-Pierre, Jacques, Jean-Marc, Nadine Ballot, Modeste Landry, Raymond, Simone, Sophie, Maddie, Henri, Catherine

Paris, été 1960, Edgar Morin et Jean Rouch interviewent des parisiens sur la façon dont ils se débrouillent avec la vie. Première question : êtes-vous heureux ? Puis on parle d'amour, de travail, de culture, de racisme. "Cinéma-vérité" pour la radiographie…