MELVILLE AU FESTIVAL D'ANGERS, À UNE APOSTROPHE PRÈS

Placée sous le signe d'Alain Delon, l'affiche du Festival, dans un effet de perspectives, fait côtoyer sémantiquement les Premiers Plans “d'Angers” avec l'idée de “dangers”. Une petite apostrophe qui change tout. Et exactement ce qu'il faut pour (r)éveiller les regards.

Premier danger : croire que l'on sait tout du cinéma de Jean-Pierre Melville parce qu'on a balisé les films de  grands panneaux indicateurs : truands à Pigalle, Samouraïs delonnesques, et mythologies héroïques tendances gaullistes. Pour le style, soyons lapidaire : le Melville est sec comme un coup de trique, privilégiant les couleurs froides dans ses derniers films et raréfiant la parole; ça pourrait suffire. Mais non.

Le Festival fait donc le point : ses 13 longs métrages sont tous là, accompagnés du très rare court-métrage inaugural 24h de la vie d'un clown, que Melville reniait haut et fort (et il avait tort). La parenté avec Robert Bresson, si vous voulez tirer ce fil, commencerait là (premier court métrage, renié, sur le cirque avec un clown, avant de passer une vie d'auteur à épurer son style). Pour changer d'angle ? Des critiques, des collaborateurs... nombreux sont ceux qui viennent introduire les séances auprès des spectateurs venus découvrir ce monde parallèle. Parmi eux, Louis Mathieu, enseignant de cinéma à Angers, a dressé pour nous (voir video ci-jointe) un rapide portrait du cinéaste.

Car il y a, indissociable ou presque des films, la légende Melville. Celle qui se propage aujourd'hui par la grâce de ses admirateurs les plus célèbres : Martin Scorsese (qui, avant de tourner Les Infiltrés fait projeter les films du “maître” à son équipe), Jim Jarmusch et John Woo (dont Ghost Dog et The Killer seraient des petits cousins du Samouraï), Johnnie To qui donnerait bien le premier tour de manivelle à un remake du Cercle rouge ou Tarantino qui ne tarit pas d”éloges sur Le Doulos, son film préféré, dit-il, depuis toujours... Liste non close. Melville, ce sont les étrangers qui en parlent le mieux. D'ailleurs, les indispensables entretiens menés par Rui Nogueira avec le réalisateur (réunis sous le titre “Le Cinéma selon Melville") furent d'abord publiés... en Angleterre !

La légende française attachée au cinéaste est d'un autre ordre. Il se réjouissait, dit-on, de l'échec de ses collègues et martyrisait ses acteurs : sur le plateau de L'Armée des ombres, il n'adressait pas la parole à Lino Ventura, sinon par l' intermédiaire d'un assistant; pendant le tournage de L'Aîné des Ferchaux, Belmondo le gifla parce qu'il ne supportait plus l'attitude du cinéaste envers Charles Vanel... 

Dissimulé derrière des lunettes noires, vêtu d'un imper à la Bogart et avec un stetson sur la tête, Melville, idôlatrant l'Amérique,  s'était recréé une identité et un look.  Et, en inventant peu à peu son cinéma, il s'était recréé une personnalité. Mégalomanie, mythomanie, goût du secret. Extrême pudeur. Extrême malaise de vivre. Melville était aussi de ce côté là de la fiction. Un film à lui seul.

Philippe Piazzo

FILMS

Le Cercle rouge
France - 1970 - 2h30min - Drame
avec Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volontè, Yves Montand, François Périer, Paul Crauchet, Paul Amiot, Jean Franval, Jacques Leroy, Jean-Pierre Posier

Libéré de prison, un truand monte un hold-up place Vendôme avec l'aide d'un gangster évadé et d'un ancien policier alcoolique. Le coup réussit. Le receleur, effrayé par l'importance du butin, leur recommande de s'adresser à un spécialiste. Ce dernier n'est…

Le Doulos
France - 1961 - 1h50min - Fiction, Polar et action
avec Jean-Paul Belmondo, Serge Reggiani, Jean Dessailly, Michel Piccoli, Fabienne Dali, René Lefèvre, Marcel Cuvelier, Philippe Nahon, Philippe March, Monique Hennessy

Maurice sort de prison et, après avoir réglé ses comptes, prépare un nouveau coup, un cambriolage aux côtés de Silien. Mais celui-ci renseigne aussi la police... Après avoir été un étonnant "Léon Morin prêtre", Belmondo retrouve Melville pour un polar revendiqué…

Léon Morin, prêtre
France - 1961 - 2h10min - Drame
avec Jean-Paul Belmondo, Emmanuelle Riva, Irène Tunc, Nicole Mirel, Gisèle Grimm, Marco Behar, Monique Bertho, Monique Hennessy, Howard Vernon

D'après l'oeuvre célèbre de Béatrix Beck (Prix Goncourt 1952), le dialogue entre un homme de foi et une femme convaincue par l'engagement politique, tous deux troublés par leurs sentiments. Comme un face à face intense entre le Ciel et la Terre, où Melville…

L'Armée des ombres
France - 1969 - 2h30min - Polar et action
avec Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Meurisse, Jean-Pierre Cassel, Claude Mann, Serge Reggiani, Paul Crauchet, Christian Barbier

Un réseau de résistants dans la France occupée. Petites mains, grands bourgeois, tortures et trahisons : le quotidien héroïque et sanglant des "soldats de l'ombre". En s'inspirant du roman de Joseph Kessel, Melville recrée sa jeunesse dans un film monumen…

Bob le Flambeur
France - 1955 - 1h44min - Polar et action
avec Roger Duchesne, Isabelle Corey, Daniel Cauchy, Guy Decomble, Simone Paris, André Garret, Claude Cerval, Gérard Buhr, Howard Vernon, Colette Fleury

Bob le Flambeur, ancien truand, s'est retiré des affaires pour se consacrer à son unique passion, le jeu. A court d'argent, il organise minutieusement un dernier coup: un hold-up au casino de Deauville. Mais le jour dit, repris par sa dévorante passion, il…