MARION VERNOUX : "LE PORTRAIT D'UNE FEMME QUI S'ILLUMINE "

Marion Vernoux :  "Le portrait d'une femme qui s'illumine "

Les Beaux Jours est d’abord un roman de Fanny Chesnel intitulé Une jeune fille aux cheveux blancs. Pourquoi avez-vous eu le désir de l’adapter ?

Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée mais les producteurs François Kraus, Denis Pineau-Valencienne et Juliette Favreul Renaud, qui sont ensuite venus me proposer ce projet. C’est ça qui m’a plu au départ : qu’on vienne me chercher ! Quand j’ai lu le livre, j’ai commencé par me demander : en quoi cette histoire me touche ? Est-ce qu’honnêtement je peux m’en emparer ? Après tout, je ne suis pas cette femme, je n’ai pas soixante ans, je ne suis pas provinciale, ni dentiste… Pour autant et par le plus grand des hasards, me trottait dans la tête depuis quelques temps, un personnage de femme d’une soixantaine d’années dont je voulais raconter l’histoire, même si celle-ci n’avait rien à voir.

Quels chemins avez-vous pris pour y arriver ?

J’ai beaucoup travaillé le personnage de Julien. Dans le roman, il était endeuillé par la mort de sa mère et sa femme dans un accident de voiture. Caroline était un peu une mère de substitution. Moi, je voulais qu’il soit au contraire à armes égales avec elle, que leur attirance soit moins justifiée psychologiquement. Dès que j’ai pensé à Julien comme à un homme à femmes, c’était bon, je savais que j’avais ma porte d’entrée dans l’histoire. Une femme vient de prendre sa retraite, elle croit qu’elle va tomber dans l’anonymat, devenir transparente, ne plus être regardée par un homme, l’est à nouveau mais pour la bonne raison que cet homme regarde toutes les femmes

! J’aimais cette ironie qui m’évitait le premier piège dans lequel je ne voulais pas tomber : le côté cougar. Cet homme n’aime pas " les vieilles ", non, il aime les femmes. Toutes ! Et puis pendant que j’écrivais le scénario, j’ai pris conscience que mes parents étaient morts l’un et l’autre au moment d’aborder la soixantaine. Et qu’ils m’avaient laissée face à cette page vierge. Page que je me devais de remplir pour combler leur absence. En faisant ce film, je leur rends hommage à ma manière. J’aurais aimé avoir avec ma mère ce temps du film que je passe avec Caroline.

Le thème du film n’est pas tant la vieillesse que la question de ce que l’on fait de sa vie, de son désir…

Oui, et c’était ma troisième motivation pour faire le film : parler du couple. Qu’est-ce qui fait que l’on reste ou non ensemble ? Comment relance-t-on les dés ? C’est un immense mystère, plus que le coup de foudre. Cette capacité à continuer, ou pas… C’est très touchant, d’autant plus quand on est dans la dernière ligne droite de sa vie, à l’heure des bilans : qu’est-ce que j’ai réussi, raté ? Avec en filigrane la question : est-ce que je vais mourir seul ou pas ? Quand on vit en couple, il ne faut jamais perdre de vue que tout peut toujours se casser la figure. Sinon, c’est mortifère.

Il a tout de suite été question que Fanny Chesnel participe à l’écriture du scénario ?

Ce n’était pas une obligation mais dès que je l’ai rencontrée, l’alliance s’est imposée. J’étais très en confiance et j’ai eu raison, c’est une excellente scénariste. Elle est très douée, elle a le sens du dialogue, des situations. On a vraiment travaillé à quatre mains. Et puis son livre est très nourri par son expérience puisqu’elle s’est inspirée de sa mère pour l’écrire. Elle était garante de la crédibilité de l’histoire. Structurellement, le scénario reste très proche du livre. La plus grosse modification concerne l’histoire d’amour.

Quand Caroline rencontre Julien, elle ne se raconte pas que tout est de nouveau possible, elle ne court pas après sa jeunesse ni ne rêve de construire un futur avec cet amant… Elle est juste dans l’acceptation de ce qui lui arrive…

Dans le film, personne ne se raconte de bobards, ni n’en raconte aux autres. Caroline et Julien sont heureux simplement parce qu’ils passent l’après-midi au lit à prendre clandestinement du bon temps. Ils sont dans une forme d’abandon, ils fument des joints, se chamaillent, se confient… Comme des ados ! Leur histoire commence de manière toute bête : Caroline se rend compte que c’est agréable de boire au déjeuner, que c’est bête de ne pas en avoir profité plus tôt. C’est la première petite porte qu’elle entrouvre, elle est un peu pompette, Julien la séduit… Il y a un côté : " Eh merde, pourquoi pas ? ! " Même si je pense qu’elle est terrorisée et bouleversée quand elle pressent ce qui va se passer.

Le fait que Julien soit un homme à femmes rend d’autant plus libre leur histoire. On évite le cliché de la femme plus âgée qui regarde ses rides dans la glace avec d’autant plus d’angoisse qu’elle a rencontré un homme plus jeune…

C’était prévu dans le scénario ! Mais au moment de tourner, je me suis dit que ce serait un contre sens. Caroline est regardée par quelqu’un d’autre, elle n’a plus besoin de se regarder elle. C’est d’ailleurs ce qu’elle dit à son mari quand il lui lance : " non mais tu t’es regardée ? " Et qui lui répond : " Non, c’est lui qui me regarde ! " Caroline et Julien ne sont pas dans la stratégie amoureuse. Peu importe qui rappelle l’autre, qui donne et demande des gages d’amour.

C’est une histoire d’amour assez inédite, au-delà de la chronique d’un banal adultère. Caroline ne prend pas spécialement de précautions pour cacher son histoire et son mari ne lui lance pas d’ultimatums du genre : " Si tu n’arrêtes pas immédiatement cette histoire, je te quitte. "

C’est beau et inspirant de traiter un trio de cette manière-là. Caroline et Philippe sont un peu en avance en âge mais aussi en conscience. Au fur et à mesure, ils découvrent qu’ils " en ont sous la semelle " et qu’ils vont être moins conventionnels que certaines personnes plus jeunes. Ils ne lâchent pas l’affaire alors que ça pourrait justement être l’âge on l’on commence à le faire.

On peut d’ailleurs se dire au début du film qu’il y a encore de la joie et du désir entre eux. On ne sent pas l’usure du quotidien.

Oui, ce couple repose beaucoup sur sa capacité à se faire rire, heureusement inépuisable. Julien aussi séduit Caroline par son humour. À sa manière, elle a un type : les hommes drôles et spirituels.

Philippe est astucieux quand il dit à sa femme qu’il ne cherchera pas à la reconquérir…

Oui, il a bien raison mais on voit sur son visage qu’il est vraiment atteint. C’est la grâce de Patrick Chesnais d’exprimer ainsi combien le personnage a de la peine, combien il est déstabilisé. Entre ce qu’il dit et ce qu’il montre…

Love etc., Rien à faire… Ce n’est pas la première fois que vous racontez une histoire d’amour clandestine… Est-ce la raison pour laquelle les producteurs ont pensé à vous ?

Ils aimaient effectivement beaucoup Love etc. Ils trouvaient que c’était la veine sentimentale appropriée pour ce film. Les histoires d’amour clandestines ne peuvent pas le rester trop longtemps donc, dramatiquement, il y a d’emblée un potentiel. Vivons heureux, vivons cachés… mais combien de temps ?

Fanny Ardant est très étonnante dans le film…

Je n’ai pas pensé spontanément à elle car son registre habituel n’allait pas avec le côté spontané et espiègle du personnage. Mais je savais aussi que je cherchais une actrice belle tout en n’étant pas trop dans l’image d’elle même… Et qui accepte d’incarner un personnage qui va dans un club pour retraités, qui a des scènes de lit avec un homme beaucoup plus jeune... Et d’assumer un scénario où revenaient à plusieurs reprises les mots " vieille ", " vieillir "…

On ne répètera jamais assez à quel point la vieillesse reste un tabou. Heureusement, Fanny a su s’en amuser plutôt que de s’en formaliser. Et surtout se saisir du personnage, au-delà de son état civil. Je pense que la direction d’acteur a commencé le jour où l’on a fait une lecture à voix haute du scénario : en entendant Fanny, je me suis dit que j’allais la faire parler plus vite car je voulais un film vif. Du même coup, cela la faisait parler une octave plus haute. Et ça changeait tout ! Je ne l’ai jamais lâchée là-dessus. Fanny est très intelligente, au sens d’être en bonne intelligence : avec le rôle, le projet, ses partenaires, ma façon de faire, mon univers.

Et le désir de la teindre en blonde ?

Au départ, j’avais envie qu’elle ait les cheveux blancs, comme le suggère le titre du roman. On a fait des essais mais ça la rendait paradoxalement trop sophistiquée. En revanche, on s’est rendu compte que les cheveux clairs lui donnaient un aspect en même temps " passe partout " et énigmatique. Et puis je voulais la voir en jeans. Alors qu’elle n’en avait jamais portés de sa vie ! Fanny a une classe folle. Avec elle, c’est facile, tout lui va. Dans la vraie vie, elle porte surtout du noir auquel je préférais des couleurs fondues. Que ses vêtements soient intemporels et un petit peu improbables.

Et le choix de Laurent Lafitte ?

J’ai pensé à lui en le voyant aux Césars l’année dernière. Il avait fait un sketch plutôt casse-gueule mais son élégance très " british " faisait passer ces énormités. Je me suis dit, c’est lui, c’est Julien ! J’avais envie qu’il soit sexy, qu’il ait les cheveux un peu hirsutes, qu’il ait plus de poils ! Et montrer sa peau, qu’il a très belle. Entre Julien et Caroline, l’attirance est épidermique. Laurent a un regard exceptionnel, en un quart de seconde, il passe d’une émotion à l’autre. On sent son intelligence, il sait écouter ses partenaires, réceptionner vraiment ce qu‘ils lui donnent. Dès qu’il plante son regard sur Caroline, on sent combien elle est regardée. Quand j’ai fait se rencontrer Fanny et Laurent pour voir si ça marchait entre eux, elle a tout de suite été emballée : " Avec lui, ce n’est pas une histoire d’âge qu’on va raconter mais une histoire qui marche. "

Et Patrick Chesnais ?

Je l’avais rencontré dans un festival, on se connaissait un peu. À peine avait-il refermé le scénario qu’il m’a rappelée pour me dire, moitié en m’engueulant : « Je ne vois pas à qui d’autre tu aurais pu le proposer ! » J’aime ces acteurs dont on se dit quand ils jouent qu’ils pensent un peu à autre chose. Patrick possède cette forme de présence-absence qui convenait bien pour incarner ce mari, dont on se demande s’il a compris que sa femme a un amant, s’il s’en fiche. Ce n’est pas de la désinvolture mais du mystère. Patrick a une intériorité, c’est un acteur spirituel et un très bel homme. Pendant le tournage, je les sentais tous heureux d’être là. Je crois qu’ils avaient confiance en moi, en eux. On n’avait pas à s’embarrasser de rapports de force ou de pouvoir. C’était très agréable.

C’est la première fois que vous travaillez avec le chef opérateur Nicolas Gaurin ?

Oui, et j’espère pas la dernière ! J’avais aimé son travail dans Stella de Sylvie Verheyde et Happy Few d’Anthony Cordier. Filmer une actrice telle que Fanny Ardant, qui appartient à l’histoire du cinéma, est un cadeau précieux, à déballer avec précautions. Et faire le portrait d’une femme qui se dévoile peu à peu, s’illumine, s’abandonne à nouveau au désir, une gageure. Fanny Ardant est de toutes les scènes du film, nous avions envie de prendre le temps de la regarder. Pour autant, il fallait trouver la bonne distance pour que ce ne soit jamais étouffant ou lassant. Nicolas a beaucoup de délicatesse et de rigueur, Fanny était en totale confiance avec lui.

Vous aviez des désirs de mise en scène précis ?

Oui. J’ai tout de suite mis en garde Nicolas contre mon travers à parfois me laisser aller à des mouvements de caméra inutiles, juste parce que ça fait joli ! Avec ce film, je voulais privilégier avant tout la justesse, accepter une forme de neutralité, faire confiance à la présence des acteurs, aux peaux qui se touchent, à ce qui se raconte...

Avec l’expérience, je suis moins traqueuse, je prends un peu les choses comme elles viennent. Je n’ai plus envie de faire les pieds au mur. J’ai essayé de garder ce cap au montage. Je savais d’emblée que je voulais un film plutôt court. Je ne raconte pas une épopée, je ne fais que traverser la vie de cette femme, dans un temps donné. D’habitude, je fonctionne peu avec des références mais là, j’ai immédiatement pensé aux films de mon enfance que je découvrais à la télé, notamment ceux des deux Claude, Lelouch et Sautet.

Lelouch pour son plaisir des acteurs, des gens qui aiment se séduire, ne s’appesantissent pas. Et puis pour ses femmes rieuses comme Françoise Fabian dans La Bonne année… Ça m’a aidée pour imaginer le personnage de Fanny. Elle et Patrick avaient d’ailleurs travaillé avec lui.

Et Sautet, j’ai pensé à lui pour ses scènes de couples qui se parlent de façon intelligente… Ces films-là m’ont presque appris à vivre et donné le désir de faire du cinéma. Je voulais en même temps devenir ces héroïnes-là quand je serais grande, et en même temps être celle qui raconterait leur histoire…

Vous avez enquêté sur la réalité des clubs pour retraités ?

À chaque fois que je commence un scénario, je me dis qu’il faudrait aller vérifier ce que j’écris mais je me laisse emporter par mon imagination. Ici en l’occurrence, il y avait déjà le matériau de Fanny, qui elle avait bénéficié d’une documentation à la source puisqu’elle s’inspirait de l’expérience vécue par sa mère. Au cours de l’écriture mon intérêt pour le sujet s’aiguisant, j’ai posé des questions autour de moi, lu quelques livres sur le sujet etc…

Les adhérents du club sont drôles mais votre regard n’est jamais ironique…

Je les aime bien, ces personnages, je n’ai aucune raison de me ficher d’eux. J’avais envie de ce côté « petite bande ». Ce sont peut-être des utopies de cinéma de se dire qu’en acceptant les choses, en n’étant plus dans le déni, on peut recréer de la solidarité, de la fraternité, libérer la parole, aller audelà des clichés... Les copines de Caroline sont cash.

Elles ne se mentent pas, avouent qu’elles ne font plus l’amour, font des inventaires : le premier cheveu blanc, le premier " Madame ", etc. Caroline, elle, a vécu avec des oeillères. D’où l’intérêt de la confronter à ces gens. Jusque-là, elle n’a pas forcément eu les yeux très ouverts sur les autres.

Au début du film, dans la scène avec le professeur de théâtre, tout est dit…

Caroline a un côté rebelle mais elle ne s’est jamais vraiment jetée à l’eau, elle a porté un masque pendant trente ans – même concrètement, avec son masque de dentiste. Je ne pense pas qu’elle se soit beaucoup abandonnée avant de connaître cette histoire avec Julien. Je commence donc à la placer sur la sellette d’une scène de théâtre. Avec la peur de perdre de sa superbe, de tomber de son piédestal. Et là, c’est bas les masques.

Julien est très émouvant quand il avoue à Caroline qu’il se sent inutile…

Je ne pouvais pas ne pas écrire cette scène. Il fallait que Julien dévoile à un moment la vacuité et la velléité de sa vie. Sinon, il devenait un simple sextoy !

Si Caroline et Julien finissent par se séparer, ce n’est pas une question d’âge mais de forme d’amour…

Oui, Caroline tient à son mari, elle ne veut pas le faire souffrir. C’est ça qui la détermine. À un moment, même s’il ne lui lance pas d’ultimatum, elle est obligée de faire un choix.

Et la scène de rupture à l’aéroport ?

J’adore ce genre de scène au cinéma. Quand on devine qu’il ne reste plus que quelques secondes avant la fin. Comment filmer ces dernières secondes ? Avec ou sans violon ? Comment et sur quel ton vont-ils s’échanger les mots de la fin ? Avec quel tremblement ? Il fallait que leur histoire finisse en l’air, sans se déliter, mais en même temps qu’ils en soient affectés. C’est abyssal pour Caroline de se dire qu’elle ne refera plus jamais l’amour avec Julien, qu’elle ne touchera plus une peau si jeune. Caroline dit adieu à quelque chose de beau et précieux.

Cette scène à l’aéroport réunit trois femmes, trois âges de la vie…

J’avais un peu peur que ça fasse quota, que cette femme de quatre-vingts ans disant à Caroline que soixante ans sont les plus belles années soit un peu démago. Je ne voulais pas survendre cette période de la vie. Mais choisir Marceline Loridan et non une actrice pour incarner cet âge, m’a aidée. Le fait de savoir qu’elle a eu une vie tellement exceptionnelle, même si les spectateurs ne la connaissent pas, m’inspirait.

Plutôt qu’un jugement sur les différents âges de la vie, il s’agit d’un état de fait… C’est la vie…

Oui, et puis quand on a 60 ans, ça veut dire qu’on a eu 59, 32, 15, 3 ans… Tous ces âges sont en nous, ils nous ont construits. Si on est un peu clown quand on est jeune, on va le rester en vieillissant. Si on a aimé porter des jeans, on ne va pas se mettre à porter des jupes droites. On ne va pas, à soixante ans pile, devenir un « vieux ». À cet égard, les acteurs m’inspiraient beaucoup. Quand je les voyais arriver sur le plateau le matin, je ne voyais pas des « vieux », mais d’abord des personnes.

Et tourner à Dunkerque ?

Je reviens toujours à cette région, tant elle est belle à filmer. Et puis je ne voulais pas enfermer les personnages dans une ville bourgeoise ou trop identifiable, je voulais qu’on se sente un peu « quelque part en Europe ». À part le vin français qui a beaucoup de place dans le film, il y a un petit côté no man’s land. Dès la préparation d’un film, ce sont vraiment les décors qui m’inspirent. Ces longues jetées sur la mer du Nord, je ne peux m’empêcher de les filmer…

… et Caroline de s’y promener…

Oui, pleine de cette histoire avec Julien, elle porte un autre regard sur sa ville, et se laisse porter par elle lors de ces longues promenades. La jouissance d’être à nouveau regardée lui donne accès à celle de tout regarder autour d’elle, de tout ressentir. Elle marche sur la plage, les pieds dans l’eau, sourit à ces jeunes, sans amertume aucune…

Et la scène sur le banc, où elle avoue à ses filles qu’elle a un amant ?

Là, c’est la petite note presque amère. On sent que cette mère n’a pas été idéale. Elle a " fait le job " mais on ne la sent pas débordante de tendresse. Eh bien oui, pendant une courte période, elle s’autorise à ne penser qu’à elle et même elle le revendique. Mais après tout, n’est-ce pas la plus belle preuve d’amour d’une mère à son enfant de lui transmettre le goût de la liberté ?

Quand Caroline et Julien écoutent Les mots bleus de Christophe dans la voiture, lui connaît la chanson, pas elle… On s’attend au contraire !

Je ne voulais pas que la nostalgie soit de son côté à elle, mais de son côté à lui. C’est pour ça aussi que Fanny Ardant était le rôle : on sent qu’elle aime la vie. Les tempéraments nostalgiques n’ont rien à voir avec l’âge. À vingt ans, moi je l’étais déjà ! On entend déjà Les mots bleus dans Rien à faire. C’est presque devenu une blague entre Christophe et moi ! Il sait qu’à chaque fois que je fais un film, je vais utiliser l’une de ses chansons. Nous nous appelons respectivement " mon fan ".

Et la scène de fin, quand tous s’élancent vers la mer, nus ou presque…

Elle a beaucoup d’importance pour moi, j’ai vraiment bataillé pour qu’elle existe. C’est quasiment une exigence politique et esthétique. En montrant des corps de tous âges, tous genres, tous poids, tous poils, j’entendais briser un tabou... On nous balance des milliards d’images de nudité toute la journée mais on a peu l’occasion de voir des corps dans leur diversité, des corps ordinaires, des corps vivants. Les acteurs ont été d’une générosité incroyable : l’eau était froide, Jean-François Stévenin est carrément nu… Ils y sont allés, ça m’a touchée.

FILM

Les Beaux jours
France - 2012 - 1h34min - Comédie dramatique, Fiction
avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais, Fanny Cottençon, Marie Rivière, Catherine Lachens, Jean-François Stévenin, Alain Cauchi, Marc Chapiteau, Feodor Atkine, Olivia Côte, Emilie Caen, Eléonore Bernheim, Maud Le Guenedal, Roman Tabar-Nouval, Melody Bramli, Paule Zajdermann, Marceline Loridan-Ivens, Jeanne Audiard, Claire Castillon, Francis Leplay, Fanny Chesnel, Hortense Gelinet, Sylvie Degryse, Eric Leblanc, Marie Boissard, José Fumanal

Des beaux jours ? Caroline, fraîchement retraitée, n'a que ça devant elle : du temps libre et encore du temps libre. La belle vie ? Pas si simple... Comment alors tout réinventer ? Transgresser les règles, provoquer de nouvelles rencontres, ou bien simplement…